De la Loire aux Kosovars

Membre de la compagnie théâtrale Collectif7, qui présente son nouveau spectacle le 21 janvier au Théâtre de Vénissieux, le Vénissian Gilles Chabrier multiplie ses activités en tant que comédien et metteur en scène.

Dix-sept ans déjà que Gilles Chabrier s’est installé dans le quartier Jules-Guesde, dont il énumère les avantages et la proximité du métro et du périphérique. Ce qui, pour un comédien et un metteur en scène de théâtre, permet en effet de mieux se déplacer. Outre le côté pratique, il trouve à Vénissieux plein d’avantages.

Qu’est-ce qui a poussé Gilles sur les chemins de la scène ? « Au départ, raconte-t-il, c’est un truc d’enfance, avec l’attrait du comédien et du jeu. Ma grand-mère voulait être comédienne et ses parents le lui avaient refusé. Mes parents allaient beaucoup au théâtre et ils m’amenaient à la Comédie de Saint-Étienne. Il y avait quelque chose de génial avec ce métier, qui comportait de la vérité et avec lequel on pouvait aussi vivre plusieurs vies. »

Gilles passe le concours d’entrée à la Comédie. Il y est reçu en 1985, pour un cursus qui durait à l’époque deux ans. « À partir de là, je suis allé un peu à Paris mais sans carnet d’adresses ni connexions, je n’ai fait que de petits trucs. J’ai été embauché sur Lyon et je n’ai pas arrêté de travailler. »

Jean Dasté n’est bien sûr plus aux commandes de la Comédie lorsque Gilles Chabrier y fait ses classes. Il se souvient l’avoir rencontré une fois ou deux et l’avoir vu « dans un spectacle avec des masques ». « C’était très touchant car il était âgé et le public lui soufflait parfois ce qu’il devait dire. » À Saint-Étienne, Gilles a surtout beaucoup travaillé avec Daniel Benoin, autre figure emblématique de la scène stéphanoise.

Impulser des projets

L’envie de mettre en scène vient un peu plus tard. « Quelque chose me manquait en tant que comédien. J’avais envie de diriger des projets, de les impulser. » Alors, qui est-il exactement ? un comédien ou un metteur en scène ? « Dans les spectacles, je suis soit l’un soit l’autre, soit les deux. »

En 2000, Muriel Coadou, Nathalie Ortega, Paulo Correia, Frédéric de Goldfiem et quelques autres créent à Saint-Étienne le Collectif7. « Daniel [Benoin] les a aidés. Il fallait vite trouver un nom et, comme ils étaient sept… À l’époque, J’avais ma propre compagnie et nous avons fondu ensemble nos deux projets. Je connaissais Nathalie, j’avais suivi les cours de la Comédie pendant un an avec elle. »

Tout en montant des spectacles avec le collectif, Gilles Chabrier est aussi « électron libre entre plusieurs troupes ». C’est ainsi qu’il ne pourra être à Vénissieux lors de la présentation d’Une pièce de théâtre puisqu’il joue dans Le Dragon, spectacle monté par Thomas Jolly au Quai, à Angers. « J’ai aussi travaillé avec Les Brûleurs de planches, Le Piano ambulant, Les Chœurs et Solistes de Lyon… »

Ce qui l’intéresse avant tout ? « Toujours tracer des chemins, découvrir des textes contemporains ou trouver une nouvelle manière d’aborder le théâtre plus classique. » Pour les premiers, il cite Claudine Galea dont il a monté Les Invisibles, et Jeton Neziraj, l’auteur kosovar dont il présente à Vénissieux Une pièce de théâtre… avec quatre acteurs, avec quelques cochons, vaches, chevaux, avec un premier ministre, une vache Milka, des inspecteurs locaux et internationaux — il était temps de dévoiler le titre intégral. Pour les plus classiques, les noms de Feydeau et Pessoa font bonne mesure.

« Nous avons aussi travaillé sur des romans jamais montrés au théâtre ou effectué des recherches. Ainsi, avec Aristophane, dans Ploutos, nous avons quasiment fait du théâtre de rue, avec un chœur numérique. Il a été recréé avec les spectateurs. Ceux-ci regardaient la pièce chez eux et étaient vus sur scène, sur des écrans. Ils avaient la possibilité d’interagir pendant la représentation. Cela a très bien fonctionné. C’était le même processus que les visioconférences auxquelles nous sommes aujourd’hui habitués mais nous avons monté ce spectacle il y a plus de dix ans. Nous avons pu le réaliser grâce à Ivan Chabanaud, qui a géré les flux numériques. Nous aimons les innovations et toujours ouvrir de nouveaux champs. »

Un fil à la patte de Feydeau relève d’une expérience que Gilles juge « un peu en dehors » du travail du Collectif7. « C’était une proposition de La Bâtie d’Urfé de monter un spectacle pour leur festival. Nous avons choisi Feydeau, pour être là où on n’irait pas du tout. On a adoré travailler ce texte. Il tourne encore, d’ailleurs. »

Et Jeton Neziraj ? « Avec notre administratrice, nous parlions de textes nouveaux et elle nous a parlé de Jeton, qui avait été accueilli au festival Sens interdits. Nous avons lu Une pièce de théâtre qu’on a trouvée formidable. Cela nous a beaucoup plus, en sortant de Feydeau, de rejoindre du théâtre comique qui devenait grinçant et politique. Et qui posait des questions brûlantes sur l’Europe, le Kosovo, les Balkans, cet endroit de conflits depuis 5 000 ans. Pendant le spectacle, nous projetons aussi deux petits films que nous avons tournés sur place avec des comédiens kosovars et français, chacun parlant sa langue — les Kosovars parlent albanais. On a tourné comme ça et, après, on a sous-titré. Quant au titre de la pièce, on s’en est amusés en se disant que les programmateurs allaient être verts. Mais il les a fait rire aussi. L’accès à ce titre à rallonge est insurmontable, comme sont tout aussi insurmontables la compréhension de la région et l’entrée du Kosovo en Europe. »

Une pièce de théâtre… avec quatre acteurs, avec quelques cochons, vaches, chevaux, avec un premier ministre, une vache Milka, des inspecteurs locaux et internationaux, le 21 janvier au Théâtre de Vénissieux.

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