Non-assistance à femme en danger

Ce samedi 27 novembre, à 14 heures, une marche contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes partira de la place Bellecour. Les voix s’élèvent contre les défaillances de l’État, dans une France qui recense 101 féminicides depuis le 1er janvier.
Des militantes du collectif NousToutes Rhône participaient en octobre dernier à un « Die in » devant le palais de justice de Lyon. Photo Dounia Ouahada

En octobre dernier, pour dénoncer « les défaillances de l’État et du système juridique » dans la prise en charge des affaires de violences conjugales et de féminicides, des militantes du collectif Noustoutes Rhône participaient à un « Die-in » organisé sur les marches du palais de justice à Saint-Jean. Des dizaines de militantes, toutes de noir vêtues, tombaient à l’appel des prénoms des femmes qu’elles représentaient, portant ainsi la voix de celles qui ne peuvent plus parler.
Ce samedi, à 14 heures, deux jours après la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes célébrée le 25 novembre, une marche contre les violences sexistes et sexuelles partira de la place Bellecour. Chaque année, cette manifestation rassemble des milliers de personnes dans les rues de Lyon. Une mobilisation importante dans une France où, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 101 femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier.
Le rassemblement commencera par un happening des femmes en blanc de Filactions, qui ne devrait pas manquer de marquer les esprits. En combinaisons et masques blancs, les silhouettes vont défiler en égrenant le nom de toutes les violences que subissent les femmes. Ce happening sera suivi du défilé proprement dit, organisé par le collectif Droits des femmes, qui réunit des associations féministes et des syndicats. Il s’élancera à partir de 15 heures.

Les moyens financiers manquent

Depuis le Grenelle des violences faites aux femmes, l’an dernier, la situation a peu évolué. Et pourtant, les promesses étaient nombreuses : protocole d’accueil dans les commissariats, réquisition des armes à feu dès la première plainte, suppression de l’autorité parentale pour les auteurs de féminicide, sans oublier les ordonnances de protection, les bracelets anti-rapprochement, ou encore le téléphone grave danger. « Certaines de ces décisions étaient déjà actées, mais ce qui manque, ce sont des moyens financiers pour pouvoir mettre en avant de façon massive des dispositifs », déplorent les associations féministes. « Aujourd’hui encore des féminicides ont lieu alors que 65 % de ces femmes assassinées avaient pris contact avec la justice. Les pouvoirs publics leur ont tourné le dos, en refusant de prendre leurs plaintes, en classant les enquêtes sans suite », dénonce le collectif Noustoutes. Tout le monde a en tête l’histoire de Chainez, maman de trois jeunes enfants, brûlée vive par son ex-compagnon alors qu’il n’avait pas le droit de s’approcher d’elle.

Photo Dounia Ouahada
Deux femmes à l’écoute au commissariat de Vénissieux

Dans le cadre d’un audit issu du Grenelle, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté, précisait que 90 % des victimes venant porter plainte étaient satisfaites de leur accueil en commissariat. Un chiffre qui a fait bondir les associations. « C’est faux, s’insurgent-elles. Ces données sont en total décalage avec la réalité de terrain à laquelle nous sommes confrontées ou avec les témoignages qui se multiplient sur les réseaux sociaux », insiste le collectif NousToutes dans un communiqué. C’est d’ailleurs suite à la publication des résultats de cet audit, que le collectif a lancé son appel à témoignages. En seulement 15 jours, près de 3 500 personnes ont répondu. Et le résultat est sans appel: 40 % des personnes ayant porté plainte, ou essayé de le faire, témoignent d’une mauvaise prise en charge en commissariat ou gendarmerie, et 26 % déclarent à la fois un bon et un mauvais accueil. Soit au total, 66 % des répondants, dont 97 % sont des femmes.
« Madame, on ne reste pas quand ça se passe mal », »Pourquoi vous ne l’avez pas repoussé ? « , « Pourquoi vous n’êtes pas partie ? « : ces phrases recueillies par le collectif montrent, s’il en était besoin, le chemin qui reste à parcourir pour améliorer l’accueil dans les commissariats des femmes victimes de violences.

Et pourtant, il est possible de mettre en place des dispositifs. À Vénissieux, le commissariat a pris les devants depuis plusieurs années. Une psychologue, Laurie Saint-Peron, intervient depuis quelques années au côté de Carine Burnichon, coordinatrice sociale. Toutes deux, elles accueillent, écoutent, informent et orientent les victimes — et parfois les auteurs — d’agressions, de troubles du voisinage, etc. Dans les faits, les deux professionnelles reçoivent surtout des femmes victimes de violences intrafamiliales. Leur présence facilite la libération de la parole pour des femmes qui vivent au quotidien des violences physiques, psychologiques, économiques. Mais le dépôt de plainte demeure une étape particulièrement difficile à franchir. Face à cet état de fait, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a récemment confirmé le lancement d’une expérimentation de prise de plainte hors les murs, si les victimes le souhaitent, dans le Vaucluse, le Pas-de-Calais, la Haute-Corse, la Sarthe et plusieurs arrondissements parisiens. Si les résultats sont probants, cette nouveauté sera élargie à l’ensemble du territoire.

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Véronique Callut, adjointe aux Droits des femmes
« En 2020, nous avons mis à l’abri 14 victimes »

La Ville de Vénissieux a signé depuis plusieurs années une convention avec l’association Viffil. Plus récemment, Saint-Fons en a fait de même. « Ce qui nous a permis de mettre à disposition des femmes victimes de violences conjugales deux appartements d’urgence, un dans chaque commune, où elles sont accueillies provisoirement, rappelle Véronique Callut, adjointe au maire en charge des Droits des femmes. Elles peuvent y rester dix jours, renouvelable une fois, et sont accompagnées par des professionnels dès qu’elles y entrent. La victime doit être éloignée de l’auteur de ses violences. Il est parfois souhaitable que les femmes vivent en dehors de la commune pour des raisons de sécurité. C’est pourquoi il arrive que des Vénissianes soient accueillies dans le logement de Saint-Fons et inversement. En 2020, nous avons mis à l’abri dans le logement vénissian 14 victimes. »
Et l’élue de reprendre : « Nous avons également la chance d’avoir au commissariat deux femmes, une psychologue et une coordinatrice sociale, qui peuvent écouter et orienter. Il faut que les femmes aillent porter plainte. Ce n’est certainement pas facile, mais tellement important ».

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Un protocole d’accompagnement pour l’enfant témoin

Depuis quelques années seulement, l’enfant est considéré comme une victime collatérale des violences conjugales. À Lyon, un protocole « féminicide » a été mis en place à l’initiative de Sylvie Moisson, procureure générale de la cour d’appel de Lyon et le docteur Nathalie Prieto, psychiatre, responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) Auvergne-Rhône-Alpes.
Signé par 12 acteurs institutionnels, dont la Métropole, il permet la prise en charge dans l’urgence en milieu hospitalier spécialisé de l’enfant (ou de la fratrie) présent lors de l’homicide de l’un de ses parents.
Concrètement, l’enfant mineur témoin des faits est accueilli par les services de l’Aide sociale à l’enfance, qui lui prescrit une hospitalisation d’au moins 72 heures, avec suspension provisoire de tout droit de visite. À l’issue de ce délai, l’équipe médicale détermine s’il est nécessaire de prolonger ou non son séjour à l’hôpital.
En parallèle, le service de l’Aide sociale à l’enfance et le procureur de la République formulent une proposition de prise en charge pérenne, dans un lieu d’accueil adapté aux besoins de l’enfant.
La signature de ce protocole assure une prise en charge efficace et multipartenariale des enfants témoins de violences, dès la connaissance des faits.

 

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