S’entretenir, en y mettant les formes

Le monde sportif amateur est en pause depuis le début du reconfinement. Matchs annulés, compétitions décalées, nouvelles règles sanitaires à respecter… Dans ce début de saison chaotique, comment les licenciés des clubs de Vénissieux parviennent-ils à se maintenir en forme ?

Avec le reconfinement, le monde sportif amateur s’est arrêté. Si les athlètes de haut niveau et les professionnels peuvent s’entraîner presque normalement, les centaines d’adhérents des clubs de Vénissieux sont pour la plupart obligés de composer avec la fermeture de leurs stades, de leurs gymnases ou de leurs installations. Pour autant, ils refusent de rester les bras croisés sur le canapé.

En cette période de reconfinement, il est notamment possible de se maintenir en forme une heure durant, en respectant la règle du kilomètre. Certains cyclistes du Moulin-à-Vent ont ainsi concocté, autour de chez eux, des parcours dans un rayon de 1 km, qu’ils avalent des dizaines de fois.

Beaucoup d’autres se sont mis à la course à pied. Handballeurs, basketteurs, tennismen, footballeurs, judokas, coureurs, marcheurs et nageurs se contentent, en solitaire, de footing et d’exercices appropriés et adaptés à leur discipline. Le parc de Parilly est devenu un espace d’entraînements multisports privilégié. Tous les jours, ils sont des dizaines à en arpenter les pistes, les terrains et les chemins sous les arbres pour renouer avec cet effort physique qu’ils apprécient tant. Et tant pis si celui-ci est bien éloigné de leur pratique habituelle du sport.

Génération hyperconnectée oblige, nouvelles habitudes numériques en soutien, certains, pour garder leurs distances et se protéger du Covid-19, utilisent des applications mobiles, en téléchargement gratuit ou payant. Ils suivent des séances sur leurs smartphones, avec des coachs sportifs, en vidéo.

Tous, cependant, n’ont qu’une hâte : que le reconfinement se termine, et qu’ils puissent retrouver leurs coéquipiers, leurs entraîneurs, leurs compétitions et leurs adversaires. Pour que cette saison démarre enfin vraiment.


Yasmine, basketteuse : « S’entretenir avant de retrouver les parquets »

Après ses passages à l’ALVP, au FCL/ASVEL, puis de nouveau à l’ALVP depuis septembre, Yasmine Zennadi affiche déjà neuf années de basket. Après une année 2019-2020 consacrée exclusivement à sa PACES (la première année de médecine), cette étudiante tente de se refaire un brin de santé au basket, son sport de prédilection. Et comme l’ensemble de ses coéquipières, Yasmine espère un retour dans les gymnases, afin de reprendre la compétition.

« On n’a fait qu’un match de championnat, le 20 septembre dernier, qu’on a perdu de 50 points à Saint-Chamond. Mais à notre décharge, le groupe n’a rien à voir avec celui de l’an dernier. Il a été totalement rajeuni, on n’a pas encore eu le temps de trouver les automatismes, et il nous faudra pas mal de matches pour mieux nous connaître. Comme il est impossible de s’entraîner en groupe, on doit se débrouiller en s’appuyant sur une préparation individuelle adaptée. L’entraîneur a élaboré un programme à réaliser en extérieur, avec footing et renforcement musculaire, ainsi que des exercices que l’on avait déjà l’habitude de réaliser en salle. On ne part pas dans l’inconnu. Certes, rien ne vaut le travail avec ballon. Mais je me vois mal, seule au parc de Parilly, à m’essayer sur des dribbles sans partenaire, ou à tenter des tirs dans un panier sans filet, avec un ballon de mauvaise qualité… J’axe donc tout sur une condition physique acceptable. Quelques-unes de mes coéquipières s’entraînent parfois au parc de la Tête d’Or, mais c’est trop loin de chez moi, j’habite à Parilly. Entre mes études universitaires qui me prennent l’essentiel de mon temps, la récupération, le basket me sert vraiment de bouffée d’oxygène dans mon quotidien. On a beau s’entretenir, rien ne remplace une séance d’entraînement collective. Le basket n’a rien d’un sport individuel. »


Faustin, marcheur, et Patrick, coach : « D’un bon pas »

Faustin Garreau semble bien parti pour suivre les traces de Kevin Campion, désormais ancien licencié de l’AFA Feyzin-Vénissieux. N’a-t-il pas obtenu un titre de champion régional cadet en salle sur 5 000 m marche puis une 3e place au championnat de France en salle ? En tout cas, cet espoir de la marche, en formation Web digital, est enregistré sur les listes ministérielles comme athlète de haut niveau. « En dépit du reconfinement, je peux m’entraîner n’importe où, aussi longtemps qu’il le faut, et sans avoir à respecter le fameux kilomètre imposé. En fonction de mon emploi du temps, je m’entraîne aussi bien à Genas, qu’à Décines ou Parilly. » Coach professionnel attitré de Faustin, Patrick Bonvarlet peut diriger, conseiller et affiner la progression de son élève quand bon lui semble. « Faustin avait naturellement le mouvement du marcheur, il a suffi de le mettre sur les rails. La discipline, très technique, nécessite un travail régulier, exigeant. Il faut savoir qu’à chaque changement de catégorie, on doit s’adapter à de nouvelles distances officielles : 1 000 m, 5 000 m, 10 000 m, 20 000 m et enfin 50 000 m. D’où un travail sur l’endurance qui ne cesse d’être amplifié, sans oublier les basiques de la marche, la posture, le rythme, la vitesse. Lors du challenge national des ligues de marche du 4 octobre dernier disputé à Sarran (Loiret), Faustin est devenu vice-champion en parcourant 9 458 mètres en 45 minutes. Il a tout simplement amélioré de 222 mètres, le record de l’AFA détenu depuis 2004 par Kevin Campion. Prometteur, non ? »

Cette période de reconfinement n’a donc pas d’incidence sur le travail de Faustin, seules les compétitions étant annulées ou reportées. « J’ai la chance d’être conseillé par mon entraîneur, qui peut surveiller mes postures à la loupe. Il m’accompagne à vélo, lors de mes sorties, et peut ainsi me corriger dans la seconde. Même en plein confinement, la marche peut se pratiquer en respectant la distanciation imposée, et il n’y a pas besoin de partenaire pour s’entraîner. À moi de trouver le bon pas. »


Rida, tennisman : « Ma raquette, pas bien loin »

Considéré comme un réel espoir de tennis, classé 15/1, et universitaire à l’UFR STAPS de Villeurbanne, Rida Rafed, licencié au Moulin-à-Vent Tennis, s’est visiblement habitué au confinement. « En tennis, la distanciation est évidente et facile à respecter entre deux joueurs. On a même la possibilité d’apporter nos propres balles marquées. Les installations sont cependant fermées sur décision de l’État, je ne peux donc pas m’entraîner comme je le faisais avant, à savoir 5 jours par semaine. Même à la fac de sport, et cette fois-ci par décision du président de l’université, je ne peux toujours pas taper dans ma raquette. »

Pour entretenir sa forme et son coup droit, Rida, qui reste confiné chez lui — les enseignements universitaires se déroulent en distanciel — se débrouille. « Je me suis lancé un défi personnel : pendant une demi-heure intense, tous les jours, je fais des pompes, des abdos, des tractions et du gainage. Deux fois par semaine, je m’autorise un petit footing au Clos Layat, un parc situé à moins d’un kilomètre de chez moi. Concernant la pratique du tennis, j’ai souvent ma raquette avec moi. Je fais du « shadow-tennis » dans ma chambre, des gestes techniques sans balle pour que mes articulations ne rouillent pas. « Faire du mur » dans le quartier est aussi une option. L’avantage, c’est qu’un mur est infatigable. Dernière solution pour rester en contact avec la discipline, je passe sur mon écran des petites vidéos personnelles : on m’avait filmé, il y a quelque temps, à l’entraînement. Je les visionne pour voir les défauts à corriger. Je regarde aussi des vidéos sur les champions de tennis. »


Ramzi et Hatem, nageurs : “Des séances de cardio plus longues”

Ancien nageur de bon niveau (2’13” sur 200 m dos), Ramzi El Guerfi est passé, depuis peu, de l’autre côté des lignes d’eau. Il est désormais coach, formateur et éducateur sportif au CMO-V.

“Privés de piscines, on doit se contenter de footing au parc de Parilly. J’ai la chance de résider à moins de 500 mètres de mon nouveau lieu d’entraînement. Je complète les tours de piste avec une préparation physique spécifique. Sport complet, la natation requiert une bonne endurance. Il me faut donc axer mes entraînements sur des séances de cardio plus longues, solliciter davantage le cœur, souffle oblige. Au programme, exercices sollicitant les épaules et le dos, ateliers de traction… Je ne me sépare jamais de ma bible, le livre “Natation-Anatomie et mouvements”, une analyse complète des muscles impliqués dans les différentes nages. J’utilise un élastique pour créer une tension dans n’importe quelle direction, en me laissant libre de travailler chaque muscle sous tous les angles. Mon frère, qui m’accompagne dans mes séances, m’aide souvent.”

Ce dernier, Hatem, étudiant en terminale, est une valeur sûre de la natation vénissiane (un record à 27’87 sur 50 pap, avis aux connaisseurs). L’an dernier, il était aux portes de l’élite. Ces vagues de confinement ont bien évidemment repoussé ses ambitions à une date ultérieure. “J’ai la chance de pouvoir nager, je suis en section sportive, explique-t-il. Le fait de ne pouvoir m’entraîner autant qu’avant la crise me donne une force et une énergie incroyables. Dès la réouverture des piscines, des entraînements et pourquoi pas la reprise des compétitions, je ne vais plus m’arrêter, je serais hypermotivé. C’est une certitude.” Les deux frères en sont persuadés, c’est la qualité des entraînements, quotidiens ou presque, qui leur permettra d’être plus rapidement opérationnels “aux beaux jours”.


Coaching sportif : les cours en ligne, bonne ou mauvaise idée ?

Avec le confinement, de plus en plus de sportifs suivent des entraînements en ligne. Mais que pensent les coachs de ces séances virtuelles ?

Cédric Thollet, coach sportif lyonnais, rappelle avoir choisi ce métier pour sa dimension humaine, pas pour rester devant son ordinateur. « Je n’aime pas les séances de e-coaching sportif », explique-t-il. Son activité peut se poursuivre dans le respect des gestes barrières et de façon individuelle, mais uniquement avec les athlètes de haut niveau et les personnes disposant d’une prescription médicale, ou en situation de handicap. « Hélas, le sportif lambda ne peut faire appel à mes services. Heureusement, ma licence professionnelle m’autorise à entraîner également des athlètes de haut niveau ou des professionnels. Je le fais essentiellement en extérieur, c’est plus agréable, et la météo nous le permet. En général, je privilégie les cours individuels, avec un programme adapté à la personne que j’accompagne. »

La multiplication des sites de sport en ligne, une forme de concurrence sur le créneau digital, ne le gêne-t-il pas ? « Je n’en fais pas, et ceux qui font appel à ce type de service devraient se méfier. Ces séances en ligne peuvent être dispensées par des non-professionnels ou des influenceurs des réseaux sociaux, et inévitablement, cela peut occasionner des blessures. Et puis, elles ne sont souvent gratuites que dans un premier temps. »

À Vénissieux, Clémence Loisy, qui vient de développer une activité de coaching, affiche pour sa part un réel intérêt pour les cours en ligne. « Dans un premier temps, j’ai réussi à intéresser une dizaine de personnes de mon entourage à mon projet de coaching sur-mesure. Avant le confinement, je leur proposais des exercices en fonction de leurs besoins (perte de poids, reprise d’entraînement, suites de blessures…), à la séance ou dans le cadre d’un abonnement à l’année ou au mois. Depuis les annonces du Premier ministre, je privilégie mon groupe d’adhérents, en lui proposant des fiches d’exercices à réaliser sous forme de photos, mais également une vidéo des postures à reproduire. Je peux aussi proposer un programme et des conseils spécifiques à certaines personnes. Après, ceux qui utilisent uniquement Internet, en payant ou pas, doivent se méfier. Ce n’est pas toujours facile de trouver un enseignant compétent, capable de bien les accompagner pour qu’ils ne fassent pas n’importe quoi. »

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