Journées du patrimoine : voyage en images dans le Vénissieux de la Belle Époque

Les 37es Journées du patrimoine auront lieu les 19 et 20 septembre. Outre le programme concocté
par la municipalité et ses partenaires, Expressions vous invite à un voyage à la Belle Époque,
il y a 100 à 120 ans, au travers des cartes postales que les habitants envoyaient à tire-larigot
et qui témoignent d’un Vénissieux révolu.

 

Le photographe a bien choisi son point de vue. Un champ situé sur les premières pentes du plateau des Minguettes, d’où le regard embrasse tout le chef-lieu de Vénissieux, église, mairie et école comprises. Un Vénissieux encore très agricole, où les tas de paille hauts comme des montagnes font de l’ombre aux maisons et dominent les charrettes à chevaux. Mais le premier plan reste un peu vide… Alors, l’artiste demande à l’ami qui l’accompagne de s’asseoir dans les blés, avec son canotier sur la tête. Clic-clac ! L’image est dans la boîte. Une légende au recto — “Vénissieux (Rhône). Vue Générale”, des cases au verso pour le texte et l’adresse, et la vue se mue en carte postale. Elle se vendra comme des petits pains dans les cafés et le moindre commerce à deux lieues à la ronde. Il faut dire que les Vénissians des années 1900-1920 raffolent de ces bouts de carton. Ils en expédient sans arrêt, faute de téléphone dans les foyers, pour donner de leurs nouvelles à leurs proches. Du coup, les éditeurs multiplient les vues de la moindre rue ou de la première scène pittoresque venue : rien que pour Vénissieux, ils en ont publié plus d’une centaine !

Pas une ride pour l’église Saint-Germain
Ces cartes racontent un Vénissieux révolu. La rue Gaspard-Picard file alors droit entre les champs, profonde comme un canyon, au point que les charrettes et les tacots peinent à s’y croiser. Tout à côté, les vaches se promènent en plein centre. En voici qui passent rue Gambetta, deux puis quatre, avec un chien qui jappe sans trouver le temps de prendre la pose. Mais plus que ce versant campagnard, c’est le côté village qui attire les photographes d’antan. Ils mitraillent les rues et les maisons, certains d’y trouver des clients pour leurs cartes. Rue Paul-Bert, rue Jules-Ferry, “rue du Pavé”, avenue Jean-Jaurès, boulevard Laurent-Gérin, route de Vienne, défilent ainsi devant leur objectif. Apparaît alors un cadre encore familier aux Vénissians de 2020, avec des maisons presque toutes à touche-touche, la plupart à deux étages, et munies d’un rez-de-chaussée où fleurissent les cafés, qui poussent chez nous plus dru que les bleuets dans les blés : celui de l’hôtel Perron, route de Lyon, répond au café Terminus, place Léon-Sublet, tenu par le père Masson et qui offre derrière sa terrasse un jeu de boules promettant de longs dimanches entre amis. Deux fillettes regardent les clients attablés, et se tournent vers le terminus lui-même, celui du tramway. Le tram 12 attend, avec ses allures de jouet d’enfant, prêt à s’élancer vers la place Bellecour moyennant 35 centimes par personne — “Trop cher !”, disent les Vénissians. Au-dessus des voies, l’horloge du clocher affiche une heure et quart passée. La vieille église Saint-Germain se dresse comme de nos jours ; en maintenant plus d’un siècle, elle n’a pas pris une ride. Idem pour toute une partie de la place Sublet : les immeubles qui bordent son côté nord, ainsi que l’ancienne mairie, ont traversé les ans comme si de rien n’était. En 1905, lorsque le photographe “SF” les immortalise en cartes, un chapiteau de toile se dresse au fond de la place — peut-être un cirque, ou la salle d’un banquet pour une grande occasion.

8 000 habitants il y a cent ans
L’avenir ! Voici ce qui attire aussi les photographes. Et, ni une ni deux, ils posent leur gros appareil monté sur un trépied, face aux usines fraîchement bâties en pleins champs. L’Arsenal, où se fabriquent des obus par centaines de milliers, la Société Française des Électrodes, ou encore l’usine de camions de Marius Berliet, fille de la Première Guerre mondiale, vantent une commune désormais tournée vers l’industrie et qui se mue en ville, forte de 8 000 habitants il y a tout juste cent ans. Sur la carte postale que réalise Monsieur Farges, éditeur à Lyon, le contraste est particulièrement saisissant entre les personnages en train de faucher du foin au premier plan, casquette vissée sur la tête, et la batterie de cheminées et de toits en dents de scie des usines Maréchal — le maître de la toile cirée, orgueil de Vénissieux. La vue est prise au bout de la rue Eugène-Peloux, près de l’ancien cimetière. En comparant avec le paysage actuel, vous retrouverez certains des bâtiments. Dans ces usines d’hier, travaillent des adultes à peine plus grands que des adolescents, mais pas seulement. Voyez cette sortie des employés de la verrerie de Vénissieux, une coopérative ouvrière située à l’angle de la rue de l’Industrie : vous croiserez des hommes et des femmes posant fièrement devant leur établissement, accompagnés d’enfants d’une douzaine d’années. Ces gones sont peut-être de leur famille, mais ils sont probablement aussi des ouvriers de la verrerie, en un temps où le travail des enfants demeure fréquent.

Tendresse et joie de vivre
Avant que vous ne tourniez la page, retournons ces belles cartes. Les Vénissians s’y racontent, en mots tendres, en mots drôles, en mots simples, pas toujours respectueux de l’orthographe, mais exprimant très souvent une certaine joie de vivre. “Mes cher amies”, écrit l’expéditeur de la “Vue générale” de Vénissieux, la carte au canotier. “Excusez moix si je ne vous est pas envoyez deux mos, ces que me femme ne me laisse pas un moment car ils fait si bon etre auprais de sa petite femme surtout quant ils y a si l’ontemp que l’on sait pas vu.” Et de prévenir ses correspondants : “Je repard samedi matin et je seurer de retour dimanche au soir, atension a la bonne cuite que nous allon prandre !

Sources : collection personnelle, acquise sur www.delcampe.net

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