Hôtellerie : à Vénissieux, un secteur touché mais pas coulé

Tout comme le secteur de la restauration, celui de l’hôtellerie souffre du confinement. Situation contrastée à Vénissieux, où les hébergements de court séjour sont fermés tandis que l’accueil de longs séjours restent ouverts. Touchés de plein fouet, les propriétaires qui louent sur la plateforme Airbnb dépriment.

On ne l’avait jamais vu désert, le parking de l’hôtel-restaurant du Moulin à Vent. Mais cela fait maintenant plus d’un mois que les 43 chambres et la salle d’une centaine de couverts résonnent dans le vide. Marie-Armelle Decalf gère depuis 1991 cet établissement renommé, situé avenue du Dr Georges-Levy, près du centre nautique. Ses 9 salariés ont été placés en chômage partiel. « Nous avons obtenu le prêt garanti par l’État, cela permettra de limiter un peu les dégâts, mais ce sont des dépenses imprévues qu’il faudra bien rembourser, on s’en serait bien passé ».

Réouverture en période creuse ?

Mme Decalf s’inquiète des conditions de la réouverture. « Si elle a lieu en juin, comme on l’entend dire parfois, cela tombera au début de la période creuse pour nous: notre clientèle est peu constituée de touristes, mais de salariés en formation ou qui participent à des séminaires, qui ne se tiennent pas en juillet-août. Il va falloir attendre septembre pour retrouver de l’activité, mais sous quelle forme ? S’il faut respecter une distance d’un mètre entre chaque client, le nombre de couverts sera divisé par trois ! » Comme ses confrères de la restauration, elle fait le dos rond (voir notre article « Pour les restos, l’addition sera salée »). « De toute façon, est-ce qu’on a le choix ? »

Cinq clients au B&B

Ludwig Jasaron gère trois établissements B&B Hôtels. Deux à Vénissieux et un à Saint-Priest. Celui de la rue Roger-Salengro (129 chambres) a fermé, passant du jour au lendemain d’un taux d’occupation de 70% à zéro. « La perte d’exploitation est totale. Nous avons recours au chômage partiel pour les salariés. Sans le remboursement des salaires avancés, que j’espère recevoir bientôt, on ne pourra pas tenir longtemps. »

Les deux autres établissements gérés par M. Jasaron, à Vénissieux (allée des Savoies, 137 chambres) et à Saint-Priest (72 chambres) sont restés ouverts, bien que le taux d’occupation ait chuté. « Nous n’avons pas fermé, car quelques personnes sont logées ici à l’année, souvent le temps de travaux chez eux. C’est le cas pour cinq clients à Vénissieux, qui observent les mêmes mesures de confinement que tout le monde. Ce n’est pas facile pour eux, car nous avons dû fermer la petite salle de restauration. À la place, nous proposons des petits-déjeuners à emporter ou à monter en chambre. Même si ça complique un peu les choses, je ne vais certainement pas leur demander de partir, ce sont des gens très bien, qui n’ont pas d’autre solutions d’hébergement ».

Côté aménagements, M. Jasaron attend des vitres en plexiglas à poser sur les banques d’accueil. D’autres produits tardent à arriver, les masques pour le personnel notamment. « Nous avions acheté du matériel d’entretien et du gel hydro-alcoolique, mais la commande nous est passée sous le nez, les produits ont été réquisitionnés par l’État », confie le gérant.

Le long séjour épargné

À côté des hôtels vénissians fermés à 100% ou à 90%, la situation de Montempô Lyon Sud est bien différente : cette résidence de type « apparthôtel », située avenue Viviani, affiche quasiment complet, avec un taux d’occupation de 87% entre le 1er mars et le 1er mai. « Sans la crise sanitaire nous aurions dû être plutôt autour des 90 ou 92%, confie le directeur de l’établissement, Cédric Duant. Mais on commence à revoir la réouverture des entreprises et les réservations « business » reviennent doucement, ce qui est bon signe. » Cette situation s’explique par une activité essentiellement de long séjour, très peu tributaire d’une clientèle de tourisme. Ses 77 studios équipés sont presque tous occupés à l’année ou sur plusieurs mois : un gros tiers par des dispositifs sociaux, les deux autres tiers par des salariés détachés ou en formation. S’y ajoutent quelques nuitées de tourisme réservées via les plateformes de type Booking ou Expédia.

Dans cette résidence aussi, le service de petit-déjeuner est suspendu depuis le 15 mars, ce qui a « légèrement réduit » le chiffre d’affaire. À l’inverse, des économies sont réalisées sur d’autres prestations (baisse des coûts de blanchisserie et de ménage) ou par l’arrêt des commissions versées aux plateformes de réservation sur internet, fermées depuis le 15 mars. « Nous n’avons pas eu besoin de recourir au chômage partiel car notre activité ne s’est pas interrompue, explique Cédric Duant. Nous avons simplement changé l’organisation de la réception et du prestataire de ménage pour s’adapter à la situation : moins de personnes en poste en même temps, ménage réorganisé sur moins de jours, prise de RTT, etc ».

« Nous appliquons bien évidement les mesures et gestes barrières comme la présence de distributeur de gel hydro-alcoolique à chaque étage et à la réception, la désinfection régulières des poignées, des boutons d’ascenseurs, des mains courantes, du desk et des parties communes, des distances de sécurité à respecter à la réception ainsi qu’un plexiglas… Au final, on se sent en sécurité. Il faut rester zen et positif ! »

Airbnb à sec

En revanche, du côté des particuliers proposant des hébergements sur la plate-forme Airbnb, c’est le marasme. En théorie, ces plateformes de location ne sont pas soumises à une interdiction de fonctionner, mais les Préfets ont consigne de veiller au respect du confinement. Airbnb a facilité les annulations sans frais des personnes ayant réservé avant le 14 mars. Ce qui n’a pas enchanté certains propriétaires, dont la location sur la plateforme représentait bien plus qu’un complément de revenus…

« Je suis loin d’avoir fini de payer les gros travaux de rénovation que j’ai réalisé pour rendre l’ancienne maison de mes parents accueillante pour mes guests » (« invités » dans le jargon de Airbnb, qui préfère éviter le terme « client »), raconte un loueur qui préfère garder l’anonymat. Le pavillon, idéalement situé près du parc et du métro de Parilly, comprend quatre chambres dont une suite, une cuisine américaine commune, un sauna, un jacuzzi… Selon « l’hôte », un jeune cadre en télétravail, l’adresse affichait presque complet en mars, avril et juin et rien ne bouge pour cet été. « C’est la cata, constate-t-il. J’espère que ça va vite repartir derrière, sinon il faudra que je vende ou que je me mette sur le marché de la location longue durée ».

Des hôtels réquisitionnés ?

Dans plusieurs villes françaises, des malades du coronavirus convalescents ou atteints de formes légères sont hébergés dans des hôtels. Le 10 avril, l’Académie nationale de médecine a même plaidé pour une généralisation de ce dispositif, qui permettrait aux hôpitaux de consacrer leurs lits aux formes sévères de la maladie. Une idée qui permettrait de remonter le taux d’occupation des hôtels, mais qui suscite de nombreuses questions dans la profession. « Je comprends le principe et si je suis réquisitionné, j’obéirais, confie Ludwig Jasaron, des B&B Hôtels de Vénissieux. Mais il faudra venir avec un personnel dédié, il est hors de question que j’expose le mien ! »


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