Agression raciste dans le Vieux Lyon : « ils voulaient notre peau »

Une partie des agresseurs, filmés alors qu’ils quittent les lieux de l’incident.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, Mouâd MaÏ (21 ans), originaire des Minguettes et président de l’association Jeunes et Conscients*, ainsi qu’un autre membre de l’association, ont été agressés par une quinzaine de personnes dans le Vieux Lyon. Pour le jeune homme, qui a identifié certains de ses agresseurs sur la page Facebook d’un groupe d’extrême droite, il s’agit clairement d’une agression raciste. Témoignage exclusif.

Dix et quatre jours d’ITT

« Les médecins nous ont accordé, à mon collègue et à moi, respectivement quatre et dix jours d’incapacité totale de travail (ITT). Nous nous remettons comme nous pouvons, mais c’est vraiment dur à porter comme fardeau, explique Mouâd Maï. C’est d’autant plus pénible que je sors d’un accident de travail qui m’a déjà valu plusieurs mois d’arrêt. Me voilà de nouveau en pleine galère, alors que je devais reprendre le travail le 2 janvier. » Le rapport du dernier examen clinique subi par le jeune homme, que nous avons pu consulter, évoque notamment un traumatisme crânien avec perte de connaissance initiale, la persistance d’une vision floue, un micro-arrachement osseux à l’extrémité d’un doigt, une contusion de la main droite et des nausées, ainsi qu’un traumatisme psychologique. Une enquête a été ouverte pour « violences volontaires suivies d’incapacité, commises en raison de la race » et confiée à la brigade de sûreté urbaine du commissariat du 5e arrondissement de Lyon.

Que s’est-il passé exactement, cette nuit-là ?
Aux alentours de 3h30 le 1er janvier, avec un « collègue » de Jeunes et Conscients, nous allions vers le Vieux Lyon, où ma voiture était garée. Arrivés devant le tribunal, côté Saône, nous avons aperçu un groupe d’une quinzaine de personnes qui frappait un homme à terre, roulé en boule. Une dizaine d’hommes et cinq femmes, bien habillés, allure de cadres, d’une trentaine d’années. Ils le massacraient littéralement, le rouaient de coups de pieds, l’étranglaient avec sa capuche… Quand on s’est approché, on s’est tout de suite fait insulter et menacer : « sales arabes », « rentrez chez vous », « on va vous tuer »… On a réalisé d’un coup qu’ils ne s’en prenaient pas à un voleur à la tire, par exemple, mais qu’ils étaient en pleine croisade raciste. Ça a dégénéré instantanément, avec une haine incroyable. Très vite, mon collègue a pris un coup de tête. Il s’est défendu, alors ils se sont mis à nous frapper. Les coups étaient très violents, ils essayaient de nous faire tomber. Pour moi, ils voulaient notre peau. Pendant ce temps-là, au moins, leur première victime a pu s’échapper.

Comment vous êtes-vous sortis de ce guêpier ?
On a eu la chance d’être suffisamment costauds et d’avoir quelques réflexes qui nous ont permis d’esquiver 90% de leurs coups. On a pu rester debout et se protéger, mais, à 2 contre 15, on a été sérieusement secoué (voir ci-contre). Au bout d’un moment, comme on ne se laissait pas faire, ils ont commencé à s’enfuir. On a même commencé à les poursuivre, pour savoir où ils allaient et permettre leur arrestation, mais la police a mis 20 minutes à arriver, c’était trop tard, et des passants nous ont retenus. Ils ont bien fait, ça aurait pu être un piège. Avec mon téléphone, j’ai filmé certains de nos agresseurs qui partaient. Pendant ce déchaînement de violence, les clients des bars regardaient la scène sans nous aider, personne n’a appelé les secours…

Aujourd’hui, vous suggérez qu’il s’agissait d’un groupe d’extrême-droite ?
Après une rapide recherche sur la base de ma vidéo, j’ai reconnu certains de nos agresseurs sur les pages Facebook d’un groupe d’extrême droite. On pensait que les ratonnades étaient d’une autre époque, on se trompait. La police nous a dit que ça arrivait souvent à cet endroit. En fait, l’extrême droite essaye de faire de ce quartier sa chasse gardée. Le Vieux Lyon est devenu un secteur dangereux pour les « sales arabes », comme ils disent, mais on ne doit pas les laisser y imposer leur violence.

Qu’est-ce que cette agression va changer pour vous ?
Je suis étudiant en commerce international et je travaille pour payer mes études. Je vais continuer mais j’ai envie de changer de cursus, pour aller vers les sciences politiques, m’engager pour faire bouger les choses. Cette agression, je vais m’en servir comme d’une force. Ils croyaient me faire mal, mais ça se retournera contre eux. Ils se prennent pour des êtres supérieurs mais ils se mettent à 15 sur un pauvre homme, et sont mis en fuite par deux garçons de Vénissieux, malgré leur pure haine raciale.

Qu’est-ce que vous attendez de la justice ?
Qu’elle fasse son travail et qu’elle aille au bout de cette affaire. Nous, nous croyons en la justice de la République. Ce n’est pas toujours le cas de beaucoup de gens qui nous soutiennent, qui sont moins confiants et disent que nous ne serons pas entendus parce que nous sommes de Vénissieux et issus de l’immigration. Le traitement de cette affaire est un défi pour la justice. Nous avons porté plainte au commissariat de Vénissieux, la police a des images en sa possession, deux témoins ont été entendus. J’espère que ces brutes paieront pour le mal qu’elles font.

Propos recueillis par Alain Seveyrat et François Toulat-Brisson

* Comptant une centaine de bénévoles issus de toute la région lyonnaise, « Jeunes et Conscients » organise notamment des maraudes mensuelles dans le centre de Lyon pour venir en aide aux SDF.

 

4 pensées sur “Agression raciste dans le Vieux Lyon : « ils voulaient notre peau »

  • 2 février 2019 à 11 h 03 min
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    Bien entendu, vous avez le total soutien de L’horloger de Saint-Paul.

  • 28 janvier 2019 à 14 h 01 min
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    Bonjour,

    Comme le chantait le grand Rachid TAHA paix à son âme « voilà voilà ça recommence, moi je croyais que c’était fini mais non ce n’était qu’un répit ».

    Ce racisme latent on le retrouve un peu partout.

    Il devrait y avoir des lois plus répressives contre le racisme, que les personnes victimes de racisme puissent avoir accès à la justice sans avoir à fournir un tas de preuves qui sont souvent difficiles à fournir car les nouveaux racistes font preuve d’ingéniosité dans le domaine de l’emploi, l’évolution de carrière pour une personne d’origine maghrébine n’est jamais équivalent à un français « de souche » ou a une personne européenne.

    Merci à ces Jeunes pour leur action.

  • 6 janvier 2019 à 19 h 53 min
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    Ces situation sont lamentables. Il faut absolument combattre ces actes racistes commis par des lâches. Vous avez tout mon soutien et ma fraternité

  • 6 janvier 2019 à 13 h 02 min
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    Bonjour,
    Tous mon soutien pour vous remettre de cette agression!
    Malheureusement, dans le Vieux-Lyon, c’est chose fréquente!
    Peut-être devriez-vous contacter le collectif « vigilance 69 », qui lutte contre l’extrème-droite dans le Vieux-Lyon.
    Bon rétablissement

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