Les petites mains au grand cœur

Associations solidaires – Engagés, généreux et disponibles, les bénévoles sont les chevilles ouvrières d’une solidarité en action. Pourquoi donnent-ils de leur temps et de leur énergie aux autres ? La réponse de six Vénissians.

Le 7 décembre se tient, place Sublet à Vénissieux, la 10e édition de la Fête de la solidarité. Un événement qui permet de s’amuser et de s’émerveiller tout en recueillant des fonds pour le Secours populaire français, l’une des plus anciennes associations d’aide sociale en France, et la première en nombre de bénévoles. Les bénévoles, justement. Qui sont-ils, ces « petites mains » au grand cœur sans qui rien ne serait possible ? Pourquoi ont-ils décidé de donner de leur temps et de leur énergie pour les autres ?

Depuis onze ans, en France, novembre est consacré « Mois de l’Économie Sociale et Solidaire ». Expressions se saisit donc de ces deux occasions, locale et nationale, pour présenter quelques-uns de ces bénévoles, jeunes et vieux, hommes et femmes, qui font vivre la solidarité sans compter. Difficile de faire un choix qui tienne dans les pages de notre dossier, car ils sont nombreux, à Vénissieux, ceux qui agissent ensemble pour aider les autres !

Souvent, la solidarité s’organise en association, par souci d’efficacité ou par besoin de reconnaissance par les pouvoirs publics. Parfois, elle est spontanée, comme lorsqu’il s’agit de protéger une maman et ses enfants jetés à la rue. Une étude récente (1), montre que plus de 20 millions de personnes, soit 38,8 % de la population française de plus de 15 ans, offrent de leur temps et de leurs compétences aux autres, dont 75,5 % de manière régulière, au sein de 1,5 million d’associations. À Vénissieux même, on en recense environ 500.

Le poids économique du secteur associatif est évalué à 113,3 milliards d’euros, contribuant à 3,3 % du PIB, le volume de travail bénévole représentant près d’un million et demi d’emplois en équivalent temps plein (2). Du coup, certains dans le secteur marchand louchent sur cette manne, et voudraient transformer la solidarité gratuite en service payant. À l’inverse, il est tentant de dévoyer la générosité, notamment des jeunes, et de déguiser en « volontariat » ce qui devrait relever du salariat…

Certains de nos interlocuteurs le disent, l’engagement, « c’est plus ce que c’était ». Toutes les études confirment qu’il n’y a pas moins de bénévoles qu’autrefois, mais les mentalités et les besoins évoluent, bousculant les habitudes… Les associations rencontrent des soucis d’adéquation entre le souhait de s’engager et le besoin de professionnalisation des activités (la bonne volonté ne suffit plus) ou bien de fidélisation des bénévoles, qui « zappent » d’une association à une autre ! Autre défi pour le monde associatif, les bénévoles sont moins assidus : les réguliers, qui agissent dans l’association au moins une fois par semaine, ne sont plus « que » 5,9 millions en 2016 contre 6,2 millions en 2010.

Bref, comme le démontrent nos interlocuteurs, la solidarité n’est pas morte, elle se bat et évolue, et c’est tant mieux car on en a bien besoin !

Dossier réalisé par François Toulat-Brisson, Michèle Feuillet, Alain Seveyrat

(1) « L’évolution de l’engagement bénévole associatif en France, de 2010 à 2016 », France Bénévolat, mars 2016.
(2) « Les associations : état des lieux et évolutions », Viviane Tchernonog, CNRS, octobre 2018.


« Quand je m’engage, c’est à fond »
André Mazuir, du Réseau d’alerte et de solidarité des Vénissians
Ouvrier métallurgiste à la retraite, ancien syndicaliste et militant communiste, « Dédé » est l’un des animateurs du Réseau d’alerte et de solidarité des Vénissians, dont il est l’un des cofondateurs. Depuis 1997, la structure agit contre les expulsions locatives. « Au début, nous étions informés des procédures par les associations constituant le réseau (PCF, CGT, CNL, SPF, LO, AC…) et les mères de famille. Le jour de l’expulsion, un groupe se mettait devant la porte, le commissaire constatait qu’il y avait trouble à l’ordre public, et l’huissier repartait. Le sursis donnait le temps de chercher des solutions avec le bailleur et les travailleurs sociaux. » Aujourd’hui, le portable aide à réagir plus vite mais le nombre de procédures a augmenté (une cinquantaine par an) tandis que les membres du réseau ne rajeunissent pas. À 83 ans, André aimerait bien être remplacé… « On me dit « ce que tu fais, Dédé, je ne saurai pas le faire ». Mais c’est en faisant qu’on apprend ! » L’expérience du travail syndical, collectif, m’a aidé, c’est sûr, mais s’il faut tout savoir pour agir, on ne fait rien. » L’exemple de sa disponibilité quasi totale n’est-elle pas, elle aussi, un frein pour prendre le relais ? « Peut-être, c’est d’ailleurs un reproche que me fait mon épouse, pour qui c’est difficile d’avoir un tel courant d’air à la maison… Que voulez-vous, je suis de la vieille école militante, quand je m’engage, c’est à fond. Mon seul regret, c’est que les journées n’ont que 24 heures ! »


« Donner de mon temps pour les autres »
Philippe Piroello et Marie Bailleul, aux Restos du cœur
Une fois à la retraite, en 2011, Philippe a postulé dans plusieurs associations : Handicap international, Action contre la faim et aux Restos du cœur. « Les Restos ont été les premiers à répondre. Depuis, j’y viens deux jours par semaine, de 8 heures à 17 heures. J’ai toujours été actif dans ma vie professionnelle, être bénévole me permet de conserver un peu d’activité, et je voulais donner de mon temps pour les autres. J’y ai vraiment pris goût, et pour rien au monde je ne lâcherai. » Philippe s’occupe des inscriptions, avec d’autres bénévoles. « On rencontre des gens vraiment en difficulté. Nous les aidons dans la mesure de nos possibilités. » À ses côtés, Marie, bénévole depuis huit ans. Elle fait face à une maladie chronique et ne peut malheureusement plus travailler. « Venir ici me permet d’être utile, et ça me change les idées. » Comme Philippe, Marie s’occupe des inscriptions, mais aussi de la bibliothèque, sans oublier la distribution. « De temps en temps, je tisse des relations avec des personnes que je n’aurais pas rencontrées ailleurs, dans un autre cadre. On fait ce que l’on peut pour les aider à sortir de la galère. Quand on n’y est pas confronté, on ne peut pas imaginer que des gens puissent être dans de telles difficultés, qui s’aggravent, pour certains. La vie est dure pour beaucoup. »

« J’ai rencontré des gens formidables ! »
Josy Ingargiola, responsable comité local du SPF
Le bénévolat, Josy est tombée dedans. Ses parents étaient très impliqués dans différentes associations. « Dans ma famille nous sommes très solidaires. C’est donc tout naturellement que j’ai suivi leurs traces. Je me suis beaucoup impliquée au niveau syndical et au comité local du Secours populaire. » Pourquoi le SPF ? « Un jour je suis allée frapper à leur porte pour une personne qui était en difficulté et ils ont pu l’aider. Cela m’a beaucoup marquée. » Avant sa retraite, elle participe à la création d’une antenne du Secours populaire à la mairie. « Nous organisions des activités qui permettaient de collecter des dons. Nous avons participé à des voyages humanitaires en Roumanie, au Kosovo, mais également dans le sud de la France quand il y a eu de fortes inondations. J’ai rencontré au SPF des personnes formidables comme Rosette Janin qui m’a tout appris. Quand j’ai pris ma retraite professionnelle, je ne me voyais pas ne rien faire. J’ai poursuivi mon action au comité local. » Et du travail, il y en a. « Nous suivons 420 familles, ce qui correspond à plus de 1 200 personnes : distributions de vêtements, braderies, brocantes, bourses aux jouets, collectes de jouets dans les écoles et les structures municipales, aides alimentaires d’urgence… » Toujours sur le pont, Josy sera bien entendu présente avec d’autres bénévoles le 7 décembre, place Léon-Sublet.

« Aider ceux qui veulent déjà s’aider. »
Mouâd Maï, président de Jeunes et conscients
En les faisant participer notamment à des maraudes, des cafés littéraires et des voyages humanitaires, l’association Jeunes et conscients veut « aider les jeunes de toutes origines et confessions à se prendre en charge ». Créée en 2016, elle revendique aujourd’hui près de 200 adhérents et sympathisants et vient d’ouvrir une antenne à Paris.
« Nous voulons sensibiliser et responsabiliser les jeunes autour d’actions humanitaires, sociales, culturelles et sportives, nous avait expliqué début 2017 son président et co-fondateur, Mouâd Maï, aujourd’hui âgé de 21 ans. C’est une association faite par des jeunes, pour des jeunes. L’idée étant d’aider ceux qui veulent déjà s’aider. Personne ne va se bouger pour eux s’ils ne se bougent pas eux-mêmes. »
Aujourd’hui, la mission semble remplie. Mais cet étudiant en commerce international ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Son moteur ? Transformer l’indignation en actes concrets. « Quand on voit qu’un tiers des habitants de la planète n’a pas de chaussures, on se dit qu’on est très riche. Et cela donne envie de faire encore plus, explique-t-il. Il faut que les jeunes « goûtent » aux maraudes, qu’ils trouvent de la satisfaction à aider les autres, même s’ils ne s’investissent que peu de temps. »
Le jeune homme serait-il un peu… impatient ? « Si je veux faire avancer quelque chose, je ne vais pas attendre que l’État ou qui ce soit le fasse à ma place, sourit-il. C’est pour cela que nous privilégions l’autofinancement, que nous participons à un maximum de projets, et que nous aidons les jeunes qui ont une idée à la mettre en place. »
« Faire preuve du plus d’empathie possible »
Uriel Bella, bénévole chez Oyenga Simy-Flo
À 23 ans, Uriel Bella est bénévole pour l’association Oyenga Simy-Flo, qui vient en aide aux personnes en difficulté. La structure organise notamment, plusieurs fois par semaine, des cafés du vivre-ensemble. Elle gère également une épicerie solidaire rue Jules-Ferry.
« Après avoir arrêté mes études, j’ai vécu dans un foyer. Puis en 2012, totalement par hasard, j’ai rencontré l’association. L’accueil que j’ai reçu m’a poussé à m’engager bénévolement, raconte-t-il d’une voix douce et posée. Aider les gens à sortir de la solitude, c’est quelque chose qui me parlait, après avoir vécu des moments où je n’arrivais pas à faire un pas vers les autres. » Uriel peut ainsi mettre son expérience au service de ceux qui en ont besoin. « Dans un foyer, vous vous sentez faible car vous dépendez d’une structure. Alors, lorsque quelqu’un vous dit qu’il est déjà passé par là, c’est une véritable chance. »
Six ans plus tard, alors que sa situation s’est stabilisée et qu’il envisage de retourner sur les bancs de l’université, sa motivation n’a pas faibli. Inlassablement, il continue à ranger, à faire de la mise en rayon, à constituer des dossiers pour le compte de l’association. Il mène aussi des séances d’écoute. Une tâche difficile, même s’il assure avoir désormais dépassé son cas personnel. « Les récits sont parfois très durs. Mais j’essaie de faire preuve du plus d’empathie possible, en me mettant à la place des personnes. […] Pour elles, c’est un premier pas vers la guérison. »

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