Bosch Diesel : reconversion en vue. Quel en sera le coût social ?

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Robert Bosch France annonce le remplacement de son usine d’éléments Diesel par la société boostHEAT, qui a conçu une chaudière révolutionnaire, mais emploiera moitié moins de salariés. Reconversion bienvenue pour les uns, étape vers la mort du site pour d’autres.

La reconversion du site vénissian de Robert Bosch France (éléments Diesel) hors du groupe allemand se précise. Le 9 juin, d’abord devant la « commission paritaire de recherche de solutions industrielles », puis l’après-midi devant l’ensemble du personnel, le PDG de Bosch France, Heiko Carrie, a confirmé le départ de sa société et son remplacement par boostHEAT, début 2018.

Un projet industriel innovateur

Créée il y a cinq ans par deux ingénieurs belges et aujourd’hui présidée par Anne Lauvergeon (ex-PDG d’Areva), boostHEAT aurait mis au point un système de chauffage thermodynamique révolutionnaire, combinant chaudière à condensation et pompe à chaleur au CO2. L’appareil permettrait de diviser par deux la consommation énergétique. Cette jeune société basée à Nîmes compte 27 salariés. Elle appuie son développement sur deux partenaires de taille : GRDF depuis 2013 (chaudières pour logement individuel) et Dalkia depuis 2015 (chaudières pour immeubles de bureaux et ensembles résidentiels).

Une fin programmée

Robert Bosch France, quant à lui, fabrique à Vénissieux des pièces qui ne sont plus conformes aux normes européennes (pistons et cylindres pour moteurs Diesel). L’arrêt de la production fin 2017 a été annoncée par le groupe Bosch en mars 2015. Le « plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE) qui sera déclenché le 1er septembre prochain concerne la totalité de l’effectif, soit une centaine de salariés. Il proposera un reclassement dans une usine Bosch à Rodez (Aveyron), des incitations aux départs volontaires et en pré-retraite. Selon les syndicats de Robert Bosch France, le PSE pourrait ne concerner qu’une grosse moitié des effectifs actuels. « Une trentaine d’employés pourrait partir en pré-retraite à partir de 55 ans et une quinzaine accepterait une mutation dans l’usine de Rodez ou envisagerait d’autres projets », pronostique le délégué CFDT de l’entreprise cité par La Tribune – Acteurs de l’économie. Selon d’autres sources, seules deux personnes seraient en fait partantes pour aller à Rodez. Les salariés licenciés bénéficieraient d’une « préférence » à l’embauche chez boostHEAT, qui pourrait employer une quarantaine de personnes d’ici fin 2018, date prévue pour les premières commercialisations de chaudières.
Préférant rester dans le giron de Bosch Group, de nombreux salariés proposaient que le géant allemand* confie plutôt à Vénissieux une nouvelle production « maison » (usinage de pièces liées à la fabrication de bougies, par exemple). Un cabinet d’expertise mandaté par le CE en avait d’ailleurs démontré la faisabilité technique et la rentabilité économique. Le groupe Bosch a donc fait le choix inverse, privilégiant une solution extérieure au groupe.

Un précédent qui inquiète

La CFDT, la CFTC et la CGC de Robert Bosch Vénissieux appuient le projet de cession. Ces organisations ont donc appelées, le vendredi 10 juin, à cesser le mouvement de grève lancé le 18 mai par l’intersyndicale, ce qui était une condition sine qua non à « la poursuite du projet avec BoostHEAT », pour Heiko  Carrie. La CGT, elle, dénonce « un désengagement qui est une nouvelle étape vers la mort du site. » Pour Kamal Ahamada, « Bosch nous dit de lâcher la proie pour l’ombre. Pour le moment, la chaudière miracle de boostHEAT n’existe qu’à l’état de prototype, nous n’avons aucune garantie d’emploi, seulement de vagues promesses. Rappelez-vous quand Bosch a cédé son activité de production de panneaux photovoltaïques à la société bretonne Sillia, en 2014. On nous prédisait alors une magnifique aventure industrielle… Deux ans plus tard et 120 emplois en moins, Sillia est au bord du dépôt de bilan, faute d’avoir les reins assez solides en terme de trésorerie. »

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* Bosch a réalisé 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France en 2015, et table sur une croissance de ses ventes de 20 % d’ici à 2020 dans l’Hexagone.

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