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Être parents, ça s’apprend… mais pas trop

Les parents ont-ils besoin d’être aidés pour élever leurs enfants ? À la télé, dans les librairies, sur internet, la parentalité fait florès. Les politiques sociales publiques également s’en sont emparées. À Vénissieux, plusieurs actions ont été mises en place.

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Les rayons des librairies sont toujours aussi fournis sur la thématique de la parentalité, à commencer par les indémodables ouvrages de Laurence Pernoud (“J’attends un enfant”, “J’élève mon enfant”), réédités tous les ans depuis les années soixante. Les livres se succèdent avec un succès croissant. Les magazines, les émissions de télévision, les blogs et sites internet consacrés à la question sont également légion. Les propositions pour apprendre à être parent n’ont jamais été aussi nombreuses. Trop peut-être. Car la barre est placée très haut : l’enfant doit être “parfaitement heureux”, “parfaitement équilibré” et en “parfaite santé”. Les psys nous rassurent cependant : “C’est le “parfait” qui cloche. Le métier de parent est forcément imparfait.”

L’IGAS, l’inspection générale des affaires sociales, rappelle que la parentalité — terme issu du vocabulaire des pédopsychiatres, sociologues et autres professionnels — est entrée progressivement dans le langage commun et le débat public. “Cette innovation sémantique a été abondamment analysée par la communauté des professionnels, qui mettent en avant le besoin de consécration d’une compétence parentale distincte de la parenté. En effet, cette dernière renvoie à une relation juridique fondée sur la généalogie et l’alliance, tandis que la parentalité caractérise un simple état de fait : être en charge d’enfants avec ou sans lien biologique ou juridique.”

Pression sociétale

La parentalité serait donc ce qui réunit tous les parents et ce qui est appelé à survivre lorsqu’un couple se sépare. L’émergence du soutien aux parents renvoie à une inquiétude sociétale sur la capacité à être “performants”, dans un univers marqué par la raréfaction des transmissions entre générations, la baisse des solidarités de proximité, le chômage, la précarité, ou encore l’internet et les réseaux sociaux.

Les parents d’aujourd’hui sont-ils si perdus qu’ils doivent faire de la parentalité un véritable métier ? Certainement pas, disent les spécialistes. Mais les jeunes parents doutent davantage. En 2011, ils étaient 76 % à estimer que l’époque est devenue plus difficile pour eux que pour les générations précédentes. Sarah, vénissiane, maman de deux jeunes garçons de 4 et 2 ans, l’exprime parfaitement : “À la naissance de mon premier bébé et même pendant la grossesse, je ne me suis pas posé la question de l’amour que nous porterons à notre enfant. Mais avec mon époux, on se disait comment allons-nous faire pour sa réussite ? Nous avons une telle pression. La société d’aujourd’hui ne cesse de répéter que nous devons être de bons parents. On a peur d’échouer. Nous cherchons plus à éduquer qu’à élever. Prenons l’exemple des pleurs la nuit : il y a quelques années, les parents acceptaient de peu dormir durant les premiers mois. Aujourd’hui, on a tout de suite tendance à consulter le pédiatre ou le pédopsychiatre pour des troubles du sommeil.”

Face à l’inquiétude de Sarah, sa mère est intervenue. “Elle a élevé sept enfants, elle a su me rassurer. Elle m’a dit de respecter les étapes et surtout de me faire confiance : chanter une berceuse, lire des histoires, jouer avec lui, le féliciter, le gronder, tout cela ne s’apprend pas dans des livres.”

Les choix éducatifs que les parents ont à faire de nos jours sont néanmoins plus difficiles. Indéniablement. Interdire la télévision dans les années soixante, cela représentait une ou deux heures dans la semaine de son enfant. Aujourd’hui, internet, les consoles, les téléphones portables occupent une bonne partie de sa journée.

Un travail en partenariat

Pour faire face à certaines difficultés et soutenir l’aide à la parentalité, la Ville de Vénissieux a mis en place un groupe dans le cadre du Grand projet de ville (GPV). Il réunit de nombreuses institutions : la CAF, les centres sociaux des Minguettes, l’Assfam, l’Adiaf Savarham, le Programme de réussite éducative (PRE), l’Atelier santé ville. “Le groupe est né des préoccupations rencontrées par les uns et les autres, précise Clémence Beuret, agent de développement au GPV. Nous nous sommes d’abord intéressés au décrochage scolaire. Mais très rapidement, nous nous sommes aperçus que ça allait bien au-delà : l’ouverture que l’on propose à son enfant, la place du parent à l’école, le lien parents-enfants… L’idée a fait son chemin. Des actions ont été créées autour de ce thème. C’est ainsi qu’est né le Café des parents au groupe scolaire Paul Langevin, et le thé-santé porté par deux infirmières des groupes scolaires Jean-Moulin et Henri-Wallon.”

Ce travail de partenariat a débouché, le 29 janvier dernier, sur une conférence consacrée à la parentalité qui a rassemblé plus de 80 personnes à l’école de musique Jean-Wiéner. Pour Idir Boumertit, adjoint en charge du Grand projet de ville, “les parents sont en attente. Le travail mené par ce groupe répond à un enjeu de territoire”. Une question subsiste malgré tout : la mobilisation des pères. Sur les quarante parents présents lors de la conférence du 29 janvier, on comptait seulement trois papas.

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