Migrants, Métropole, Mutualisations… la rentrée très politique de Michèle Picard

Conf. presse M.Picard © R.BERT Expressions 99

L’histoire retiendra sûrement que la photo d’un petit corps battu par les flots, échoué sur une plage turque, a contribué à déchirer (au moins pour un temps) le voile d’indifférence qui entourait depuis des mois les drames des réfugiés fuyant les exactions en Syrie, en Irak… Aylan, 3 ans, est devenu le symbole des centaines de milliers de victimes qu’ont déjà fait ces guerres. Et parmi elles, plus de 2600 personnes entassées sur des embarcations de fortune, qui ne sont jamais arrivées sur l’autre rive de la Méditerranée. « Il faut arrêter de tergiverser, écrivait alors Michèle Picard dans un texte posté sur son site internet. La première des urgences est la solidarité et l’accueil de ces populations, en vertu de la Convention de Genève. »

Cet engagement, Michèle Picard le réaffirmait le 11 septembre au club de la presse de Lyon, où elle faisait une rentrée très politique : « La Métropole a annoncé sa volonté d’accueillir des réfugiés, et c’est bien qu’elle coordonne le dispositif. Solidaire, Vénissieux s’y inscrira, sans discrimination religieuse, au nom de principes républicains indivisibles. Mais il faut aussi que toutes les communes de l’agglomération en soient parties prenantes. » Façon de rappeler qu’au plein cœur de l’hiver 2011, Vénissieux a été une des rares à accepter d’implanter sur son territoire 18 bungalows pour une soixantaine de sans-abris. « Sans attendre, on a engagé le travail avec des associations locales, pour voir comment la Ville peut s’inscrire dans leurs actions, afin d’accueillir ces personnes de manière correcte et digne », précise le maire.

Solidaire ici et hors de nos frontières. Prenant l’exemple de la Grèce, Michèle Picard s’indignait de voir ce pays sacrifié aux politiques d’austérité « imposées par le libéralisme, la BCE, le FMI… » : « Cette Europe-là, qui se construit contre l’avis des peuples, court à sa perte. » Le parallèle avec la France s’impose alors de lui-même : « Les Français veulent des mesures en faveur de l’emploi, du logement, du pouvoir d’achat, de l’accès aux soins. Et qu’ont-ils en retour ? La loi Macron, l’accroissement du travail du dimanche et de nuit, la limitation du rôle des prud’hommes, les facilités de licenciement. Aucune de ces lois ne crée de l’emploi. Pire, le chômage ne cesse d’augmenter. »

Et la spirale n’est pas près de s’inverser puisqu’en application du « pacte de responsabilité » qui court jusqu’en 2017, l’État a entrepris de réduire de 11 milliards ses contributions aux collectivités locales. En ricochet, les études laissent présager une chute de 25% de l’investissement communal, donc de l’emploi. « Le Sénat, rappelle Michèle Picard, a estimé que les deux tiers des collectivités vont se trouver dans le rouge d’ici à deux ans… »

À Vénissieux, la perte sera de 7 millions. Soit la moitié d’un groupe scolaire. Ou dix-huit mois de maintenance du patrimoine communal. « Les choix seront douloureux, anticipe le maire. On répand l’idée que les communes sont dépensières et qu’elles ont de grandes marges d’économies. C’est faux ! On essaie d’être innovants, on fait attention aux effectifs. Mais on a peu de marge de manœuvre : 1 % d’augmentation des impôts représente à peine 250 000 euros en plus dans le budget. Et on ne doit pas laisser le patrimoine se dégrader. «  C’est donc bien logiquement que l’équipe municipale a décidé de relayer la journée nationale d’action décidée par l’association des maires de France, pour ce samedi 19 septembre :  « Nous irons sur les marchés, pour discuter avec les habitants des conséquences de cette austérité sur notre ville. Et faire signer des pétitions. »

De la différence entre mutualiser et coordonner

Pour faire des économies, ne peut-on pas envisager des mutualisations avec d’autres villes de la Métropole  ? « Les communes sont tellement étranglées que des maires sont tentés de déléguer des compétences pour retrouver un peu d’oxygène, reconnaît Michèle Picard. Je n’y suis pas opposée a priori, pas plus qu’à certaines mutualisations. Depuis 45 ans, le centre nautique intercommunal apporte la preuve  que l’on sait travailler ensemble. On n’a pas attendu la Métropole ! On sait aussi coordonner les polices municipales, lorsqu’elles partagent un problème. Ouvrir la réflexion sur des équipements sportifs ou culturels, pourquoi pas ? Mais je ne suis pas d’accord pour mutualiser nos polices municipales, dont les missions sont différentes selon les villes. Ni les écoles, ni le périscolaire. Je ne vois pas pourquoi les impôts payés par les contribuables d’une ville serviraient à une autre. Les maires doivent garder leur pouvoir décisionnel. Réduire les communes à une chambre d’enregistrement des orientations de la Métropole serait un contresens. »

Ces sujets sont en pleine actualité, puisque le « pacte de cohérence métropolitain », qui va régir les rapports entre les communes et le Grand Lyon, doit être voté dans tous les conseils municipaux d’ici à la fin de l’année. Des réunions à thème ont  lieu, balayant tous les sujets : insertion, urbanisme, culture… « Notre équipe est force de proposition pour que soient définis positivement le rôle des communes et leurs politiques de proximité. Nous devons réfléchir aussi aux modalités de l’intervention citoyenne. C’est cet équilibre que nous recherchons dans le pacte de cohérence en discussion. »

Interrogée également sur les rapports entre majorité municipale et opposition, Michèle Picard a souligné : « Je ne fais pas de politique pour répondre à l’adversaire. Ce qui m’importe avant tout, c’est le travail que nous menons, pour les Vénissians. Si l’opposition veut être constructive, c’est bien. Mais lorsqu’on voit que le directeur départemental de la Sécurité publique en personne est obligé d’intervenir publiquement pour recadrer M. Girard… Qu’il continue comme ça et il perdra toute crédibilité. »

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