Théâtre de Vénissieux : une saison 2015-2016 hors des sentiers battus

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Commençons par les têtes d’affiche. Elles sont ce que l’on repère en premier, dans la liste des spectacles d’une nouvelle saison théâtrale. Leurs photos attirent le regard et la lecture des quelques lignes qui résument leur passage sur la scène vénissiane met l’eau à la bouche. Fellag est de ceux-là. L’humoriste n’a jamais raté une occasion de présenter dans nos murs ses nouveaux shows. « Quand il fait une nouvelle création, résumait Françoise Pouzache le 11 juin, c’est obligé qu’il vienne à Vénissieux ! » Fellag sera donc bien là le 11 décembre, avec le bien nommé « Bled Runner ». Tout un programme !

Le Catalan Sergi Lopez est beaucoup plus rare. C’est même la première fois qu’il viendra ici. Évidemment, tout le monde se souvient de lui dans « Harry, un ami qui vous veut du bien », le film de Dominik Moll, mais il serait dommage d’oublier qu’il a promené sa silhouette trapue chez Manuel Poirier, les frères Larrieu (entre autres l’aveugle de « Peindre ou faire l’amour »), Stephen Frears, Alain Corneau, François Ozon, Tony Gatlif et quelques autres . Il faisait aussi partie, cette année à Cannes, de la distribution de « A Perfect Day » de Fernando Leon de Aranoa, une chouette histoire d’humanitaires noyés dans la guerre de Bosnie avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Olga Kurylenko et Mélanie Thierry. Sergi Lopez viendra à Vénissieux à l’occasion des Mitoyens d’honneur, cycle instauré au théâtre il y a deux ans avec les Belges, puis les Italiens. Les Espagnols seront donc nos troisièmes Mitoyens d’honneur et Sergi partagera avec Jorge Pico l’affiche de « 30/40 Livingstone » : « l’histoire, commente Françoise Pouzache, d’un anthropologue sportif et totalement électrique, obsédé par la quête d’un animal légendaire. »
Cette fois, les spectacles des Mitoyens d’honneur ne seront pas rassemblés. Le premier, « Le roi des sables », théâtre d’ombres et de sable, sera joué le 7 octobre. Le deuxième, « Sinergia », du flamenco nouvelle manière, fera résonner le théâtre le 15 décembre. Et le troisième, avec Sergi Lopez, le 22 janvier. Et les trois soirs, le foyer culturel espagnol de Vénissieux proposera tapas et verres de sangria dans la salle Albert-Rivat.

Citons encore la chanteuse Claire Diterzi (13 novembre) : son tout dernier spectacle, « 69 battements par minute », est « un projet total qui mêle la vidéo, le dessin, le photo-montage, la musique et le texte, assure la directrice. Dans un univers rock, Claire est auteur-compositeur mais elle chante aussi des textes de Rodrigo Garcia. » Et citons le chanteur Alexis HK (18 mars), « un solide pilier de la chanson française » qui, avec « Georges et moi », rendra un vibrant hommage à Brassens. Dans une vidéo, Alexis explique : « Il y a Georges, il y a moi et le monde qui nous sépare. Brassens a été un de mes précepteurs, un de mes maîtres à penser. » La mise en scène du spectacle, le « regard extérieur », sera apporté par François Morel.

De beaux excentriques

Le reste de la programmation est tout aussi excitant bien que moins connu et toutefois propice aux découvertes. Comme si la grande majorité des soirées allaient nous proposer des sorties de route, des dérapages contrôlés ou incontrôlés, des plongées dans des univers inconnus ou que l’on croit connaître et qui vont néanmoins nous surprendre.

C’est le cas d' »Andromaque » le 27 novembre, par le collectif La Palmera. Andromaque, Racine… tout le monde connaît. Mais quand « Andromaque » prend justement racine dans l’Histoire et les histoires de guerre de Troie et de mythologie, quand on nous explique que « Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector… qui est mort », la pièce prend soudain de nouveaux éclairages. « Un parti pris résolument contemporain, souligne Françoise Pouzache, avec deux acteurs qui incarnent tous les personnages. »
Ils sont également deux comédiens-manipulateurs à donner corps à toutes sortes d’animaux —un éléphant, un singe, une girafe— dans « Animal » (2 décembre), « avec ces sujets de société placés à hauteur d’enfant ». Une création jeune public par la compagnie Flash Marionnettes.

Qui dit Flash peut entendre « Fleisch », titre d’un marathon de danse qu’installera dans le théâtre Pauline Laidet et la compagnie La Seconde Tigre. Marathon de la danse : le terme renvoie à l’Amérique de la Grande Dépression, au puissant roman de Horace McCoy, « On achève bien les chevaux », et au non moins puissant film que Syney Pollack en a tiré en 1969. « Dans cette transposition des marathons de danse, Pauline Laidet fait le parallélisme avec les jeux de télé-réalité d’aujourd’hui et leur dose d’humiliations. Le public à partir de 16 ans sera invité à participer. Plusieurs dates de répétitions seront fixées : ceux qui s’engagent devront aller jusqu’au bout, jusqu’au spectacle qui sera étonnant. » Il faudra pour cela s’inscrire par couples pour suivre le stage et les ateliers menés par la compagnie entre novembre et la date de création.

Sortie de route assurée également avec le « freak cabaret » de « Dakh Daughters Band » (9 octobre), « six Ukrainiennes survitaminées que nous sommes les seuls à accueillir dans toute la région, lâche Françoise Pouzache. Elles se situent entre la musique orientale, la musique traditionnelle et le rock, dans des décors apocalyptiques et des vidéos subversives ».
Théâtre hautement expérimental encore avec « What the Hell is Happiness ? » (20 octobre), une compagnie italienne qui joue la musique en direct et s’interroge sur le bonheur en anglais et italien, sous-titrés en français. « Une vraie expérience théâtrale ! »

L’excentricité atteindra son maximum avec l’hommage rendu à Érik Satie par le Théâtre de Vénissieux et l’école de musique Jean-Wiéner. « Le bel excentrique » (5 février) sera une création concert qui unira le collectif La Forge, les professeurs et les élèves de l’école de musique, dans une mise en scène de Michel Belletante. Parmi les instruments utilisés, on sera surpris de découvrir un bouteillophone accordé, des machines à écrire et autres sirènes d’alarme. Ce concert s’inscrira dans la programmation des Musicianes orchestrées par Jean-Wiéner.

Excentricité encore, en tout cas « petit bijou jubilatoire » que la soirée double et mixte du 11 mars que proposent le collectif Craie, Claire Rengade et Slash/Gordon. « Dans cette poésie chantée qu’est la première partie, « Juste des jeux », Claire Rengade nous interpelle sur la langue française et le plaisir qu’elle procure, rate un virage régulièrement et repart. Dans la deuxième partie, « Jamais je ne serai en face de moi », Slash/Gordon travaille des textes d’auteurs très contemporains, d’une manière aussi loufoque que surprenante. »

Lorsque le public quitte la fournaise du théâtre, ce 11 juin, pour s’aérer et se rafraîchir de sangrias, la Premiata Sound System, qui animera un bal populaire le 19 septembre devant la Maison du peuple, est là pour le faire danser. Et comme les artistes et la directrice ont, décidément, de la suite dans les idées, des brassards sont apposés sur les couples dansant, histoire de ressembler à un marathon de la danse.

Et encore…

Journées européennes du Patrimoine – Les 18 et 19 septembre, Vénissieux célébrera tout à la fois les 80 ans de la Maison du peuple et les 30 ans du théâtre. La première soirée, à partir de 18 heures, sera proposée par les organisations syndicales. Avec, au programme « Les jours heureux », le documentaire de Gilles Perret sur le Conseil national de la Résistance et les avancées sociales de son programme. La projection sera suivie d’un débat sur la Sécurité sociale.
Le lendemain, plusieurs équipements de Vénissieux —médiathèque Lucie-Aubrac, espace d’arts plastiques, école de musique— organisent une balade guidée qui s’achèvera à la Maison du peuple. Là, entre 15 et 19 heures, on pourra voir l’exposition déambulatoire mise en scène par Baptiste Guitton et son Théâtre Exalté. Qui dit 80 ans dit 80 portraits de Vénissians, de 1 à 80 ans. Renseignez-vous, quelques âges ne sont pas encore trouvés.
Puis, à 20h30, la Premiata Sound System (issue des Barbarins fourchus) fera valser, cha-cha-chaer, madisoner, twister, rocker, discoer tout le monde devant le théâtre, avec une musique des années 30 à 80.

« Cœur d’acier » – Le Théâtre Exalté a présenté le 30 avril une première mouture de « Cœur d’acier », histoire d’une famille prise dans l’étau du chômage et d’une fermeture d’usine. Une autre maquette avait été montrée au préalable au TNP. Les 5 et 6 novembre, la compagnie reviendra avec la version définitive de cette aventure. « Cœur d’acier » sera créé à Vénissieux et repris au TNP. Ce spectacle sera programmé dans le cadre de Parole ambulante, le festival de l’Espace Pandora qui aura pour thème « J’ai 30 ans ».

Jeune public – Au Théâtre de Vénissieux, le jeune public n’est jamais oublié, bien au contraire. Avec, pour preuve, pas moins de huit spectacles programmés cette saison.
De « Liaison Carbone » (25 septembre), du jonglage avec des objets volants qui s’adresse aux plus de 6 ans, à « Couac » (29 mai), l’histoire du vilain petit canard d’Andersen revue et corrigée, visible dès 3 ans, tous les âges seront servis. Citons encore, dans la programmation Mitoyens d’honneur, « Le roi des sables » (7 octobre), accessible dès 4 ans, et « P.P. Les p’tits cailloux » (21 novembre), où le Petit Poucet devient réel grâce à Annabelle Sergent. Les marionnettes de la compagnie Flash, qui crée « Animal » (2 décembre), raviront dès 7 ans, de même que « Le voyage de Zyriab » (4 mars) raconté avec poésie et musique par Bab Assalam.
Enfin, les deux clowns de BP Zoom, qui nous concoctent un « Mélange 2 temps » (29 avril), parlent aux 6 ans et beaucoup plus. Comment les adultes qui accompagneront leurs chers bambins ne seraient-ils pas subjugués par les musiques de Tom Waits et autres qui baignent ces histoires farfelues plantées dans une voiture ou sous l’eau ?

Cirque – Tous les ans, les théâtres de l’est lyonnais (Corbas, Vaulx-en-Velin, Décines, Bron et Vénissieux) proposent un spectacle de cirque mis en commun. Les Suédois du Cirkus Cirkör s’installeront en février au Carré de Soie, à Vaulx-en-Velin, pour une ode à la résilience et à la vie. Après un accident survenu en 2005, au cours duquel l’acrobate et jongleur Olle Strandberg faillit rester paralysé, l’artiste a décidé de mettre en scène l’état de risque permanent. « Underart » va donc enchaîner les jeux d’équilibre et acrobaties limites, où humour et poésie prendront le pas sur la souffrance, physique ou mentale.

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