"Annette" au Théâtre de Vénissieux

Écrit par Fabienne Swiatly et mis en scène par Nicolas Ramond et ses Transformateurs, « Annette » est un spectacle qui s’annonce très fort. Annette était la sœur de Nicolas Ramond. Décédée à 22 ans, elle souffrait du syndrome de West.
Aucun des deux n’est un inconnu, ici. Nicolas Ramond, metteur en scène à la compagnie Les Transformateurs, a créé la plupart de ses spectacles sur la scène du Théâtre de Vénissieux. Quant à la romancière Fabienne Swiatly, elle a animé de nombreux ateliers d’écriture dans le cadre de sa résidence littéraire auprès de l’Espace Pandora.
« Nicolas connaissait mes écrits et je connaissais son travail, commence Fabienne : je faisais des critiques dans le magazine 491. Un soir, chez des amis, il m’a parlé de son désir de monter un spectacle autour de l’histoire de sa sœur. Il avait besoin de quelqu’un qui mette de la distance. Il m’a parlé d’Annette le soir-même (NDA : la jeune sœur handicapée de Nicolas Ramond, décédée à 22 ans). »
La conversation remue Fabienne qui, aussitôt rentrée chez elle, se met à écrire. « J’ai envoyé à Nicolas une page. Je me suis dit que, s’il adhérait, je voulais bien partir dans cette aventure qui me faisait un peu peur. Il m’a répondu : « C’est exactement ça ! » J’avais le droit de « fictionner » l’histoire, de me détacher du réel et du personnel. Il a obtenu un financement pour que je puisse écrire et participer à la construction du projet. »
Le récit, que Fabienne ne veut pas linéaire, se construit et l’auteur en trouve rapidement le rythme. « Certains de mes textes, qui n’étaient pourtant pas destinés à la scène, ont déjà été joués, comme « Boire » ou « La ligne de partage des eaux ». Écrire pour le théâtre me plaît, ça va vite ! J’aime aussi beaucoup l’appropriation par les comédiens. »
Nicolas a tout de suite été séduit par l’écriture de Fabienne, « très épurée, ciselée, sans un mot de trop. Les comédiens disent que ses textes sont durs à apprendre. J’adore cela ! Mon travail est très précis et l’écriture s’en rapproche, même si elle décrit un univers de chaos dans la tête d’Annette, un gros gribouillis qui est un monde. »
L’histoire voulue par Nicolas et Fabienne ne s’arrête bien sûr pas au cas d’Annette, chez qui les médecins ont découvert à l’âge de 4 mois une hypsarythmie (ou syndrome de West) . « En 1962, témoigne Nicolas, on ne savait pas trop ce que c’était. C’est comme un court-circuit dans le cerveau. »

Le désordre et la normalité
Fabienne lance une autre piste : « Qu’est-ce que ce désordre raconte de notre normalité ? Il y a là dedans des choses autobiographiques. Je m’appuie également sur Annette pour d’autres questionnements sur la douleur ou le pouvoir de la médecine. Nous nous sommes beaucoup interrogés, nous avons lu des bouquins (« Figures du handicap » de Simone Korff-Sausse), regardé des films comme celui de Sandrine Bonnaire sur sa sœur. J’ai aussi étudié des photos d’Annette et écouté les interviews de leurs parents que Nicolas avait faites. »
Les raisons de ce spectacle sont beaucoup plus personnelles pour Nicolas, qui ajoute : « Je me suis demandé comment, quand on travaille sur une focale très précise, on peut ouvrir sur le monde et sur des problématiques plus larges. » Et Fabienne précise : « On s’est échappés. Du coup, nous avons une autre Annette, qui aide à parler d’autre chose. C’était important qu’il y ait quelqu’un d’extérieur. »
Monter ce projet n’a pas été facile, on le comprend aisément. « Cela a pris deux ans pour que mon père accepte de parler devant un magnétophone, reprend Nicolas. Malgré tout, ni Fabienne ni moi ne voulons devenir des spécialistes. Nous revendiquons le droit de dire des conneries mais, qu’au moins, « Annette » engage la discussion. Nous avons mis plusieurs sujets en résonance. La pièce reste un voyage dans l’imagination, le ressenti, le sensible… Un coup de poing dans la tronche. Avec du drôle, aussi. »
En les écoutant tous les deux parler d' »Annette », on entend les mots « joyeux » et « clip » à propos de ces moments en voiture où l’enfant n’avait pas de crise, ou d’ombres chinoises qui sont autant d’arrêts sur image. « L’idée, expliquent-ils, vient de la lecture d’une bédé de David B, « L’ascension du Haut Mal », un travail sur son frère épileptique qui s’étend sur six tomes ».
Après le Théâtre de Vénissieux, « Annette » sera présenté au TNP. Fabienne publiera dans la foulée une version plus écrite du texte initial.

« Annette » au Théâtre de Vénissieux les 17 et 18 janvier à 20 heures.
Tarifs : de 8 à 18 euros.
Réservations : 04 72 90 86 68.

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