Le ministre de la Ville, Maurice Leroy, a signé ce matin avec le maire de Vénissieux, Michèle Picard, un avenant expérimental au Contrat urbain de cohésion sociale (CUCS) des Minguettes. L’originalité de ce texte, qui sera bientôt appliqué dans trente-trois autres quartiers “sensibles”, est de porter la priorité sur la mobilisation des crédits de “droit commun”, en matière d’éducation, de sécurité, d’emploi et de développement économique. “Ces dernières années, la Politique de la Ville s’est trop souvent substituée aux actions de droit commun. Nous corrigeons aujourd’hui cette dérive”, s’est félicité le ministre.

Le droit commun, pour faire court, c’est ce que l’État se doit de faire de manière égalitaire sur l’ensemble du territoire : assurer le fonctionnement de l’école publique, garantir la sécurité des citoyens… Mais dans les zones dites sensibles, qui bénéficient d’aides supplémentaires dans le cadre de la Politique de la Ville, ces missions de droit commun sont parfois en retrait. Au prétexte que des moyens spécifiques sont dégagés, les moyens classiques régressent. Et dans ces conditions, forcément, les aides spécifiques ne peuvent plus jouer leur rôle compensatoire.
C’est ce constat qui est à l’origine des nouveaux Contrats urbains de cohésion sociale (CUCS) que le ministre de la Ville, Maurice Leroy, a décidé d’expérimenter dans trente-trois sites. Le tout premier document, qui engage l’État, mais aussi la Ville, le Grand Lyon, le Conseil général, la CAF, les bailleurs sociaux, Pôle emploi et le syndicat des transports de l’agglomération lyonnaise, a été signé ce matin à l’hôtel de ville de Vénissieux.
Le choix de Vénissieux ne doit évidemment rien au hasard. “C’est là que tout a commencé, c’est également ici que la Politique de la Ville va marquer son renouveau, a déclaré le ministre. (…) La mobilisation du droit commun dans les quartiers n’est pas suffisante. Or elle est une condition essentielle à l’amélioration de l’action publique en faveur des habitants. La Politique de la Ville doit, pour sa part, venir en appui ou en complément.”
Ainsi à Vénissieux, les trois axes forts du nouveau CUCS sont l’éducation, l’insertion et l’emploi, et la prévention-sécurité. À la demande de la municipalité, les domaines d’action ont été élargis à la santé, la culture et au renforcement de la citoyenneté. “Le chantier qui est devant nous doit être mis en œuvre avec une ambition et une détermination inégalées, a souligné le maire, Michèle Picard. Le chômage des jeunes reste endémique (…), ces quartiers concentrent deux fois plus d’allocataires des minima sociaux que le reste du territoire, deux fois plus de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, et trois fois plus de bénéficiaires de la couverture maladie universelle. (…) Nous sommes loin, bien loin, d’avoir remis sur pied les zones urbaines sensibles que la crise actuelle, de surcroît, frappe de plein fouet.”

Aux devants des habitants et des Veninov
Le ministre a du reste pu le constater par lui-même lors d’une rencontre organisée dans la matinée, au cinéma Gérard-Philipe, avec des habitants des Minguettes. Une jeune diplômée lui a fait part de ses difficultés à trouver un emploi. Une bénévole du Secours populaire a témoigné de la précarisation croissante de la population et de la baisse des moyens alloués aux associations. Une habitante de la Darnaise a dénoncé le niveau trop élevé des charges, des loyers et sa crainte de ne “bientôt plus pouvoir se chauffer”.
Dans la foulée, Maurice Leroy a fait une entorse à son programme en allant rendre visite aux salariés de Veninov, qui se battent depuis des mois pour sauver leur entreprise, et qui ont encaissé un dur choc hier en apprenant que le tribunal de commerce de Nanterre s’était contenté de nommer un expert “pour y voir plus clair” (Lire “Le tribunal de commerce décide… de ne rien décider”). Le ministre a qualifié de “scandaleuse et inadmissible” la situation dans laquelle se trouve cette entreprise historique. “Il ne peut pas y avoir de ville sans industrie et sans emploi, a-t-il déclaré à la sortie d’une entrevue avec les syndicats. Ce n’est pas aux fonds de pension de dicter la politique industrielle de la France.”